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Sur Reflexes : Avril 2004

 

Groupuscule d'extrème droite à Châteauroux

 

 

Le 30 mars dernier, la police de l’Indre a donc (temporairement ?) mis fin aux activités du « bûcheron » de Saint-Maur, c’est-à-dire Paul Thore. Au delà du personnage, c’est tout un microcosme qui est chamboulé et cela ne peut que nous réjouir même si comme on le verra par la suite, cette affaire pose bien des questions. Né en mars 1973, Paul Thore était en effet le point de rencontre de divers courants nationalistes a priori peu susceptibles de travailler ensemble.

Il était avant tout l’une des figures les plus remuantes du courant national-catholique au sein ou proche du FN. Longtemps membre du FNJ, il avait gardé un pied au FN et la presse nationale n’a pas manqué de rappeler qu’il apparaissait il y a encore quatre ans comme rédacteur en chef du Patriote du Berry, bulletin local du FN 36. Plus simplement, il suffisait de chercher son stand lors du défilé du 1er mai du FN et on tombait immanquablement sur son petit commerce militant, curieux mélange de breloques nationalistes françaises et de références fascistes historiques, avec Léon Degrelle en figure vedette. Son aura de tête brûlée n’étant pas forcément goûtée de tous les responsables du FN, Paul Thore avait mis en place une structure autonome, dont la vitrine a longtemps été la revue l’Épervier. Le n°1 de cette revue est paru à l’automne 1996 en honorant le Scalp d’un dossier recensant les différents moyens d’expression et manifestations du groupe antifasciste et elle se présentait alors comme étant éditée par des membres de la Fédération Nationale Catholique, qui se voulait le lieu de regroupement des mouvements, groupes et bonnes volontés adhérant à la Charte d’Action National-Catholique. À l’image de ses animateurs, le journal affiche dès le début une très grande ouverture d’esprit puisque Paul Thore adopte alors le pseudonyme de « G. Rézon » pour remplir sa tâche de rédacteur en chef et que les revues ou librairies considérées comme amies sont quasiment strictement sélectionnées sur leur orientation catholique. Les quelques structures non catholiques sont alors stigmatisées par un « p » entre parenthèses, pour bien signifier leur orientation païenne. Thore enverra d’ailleurs une lettre gratinée à Réfléchir & Agir en 1998 pour signifier à l’équipe animatrice de cette revue que les membres de l’Épervier ne collaboraient qu’avec « des païens intelligents qui respectent la foi de leurs camarades catholiques » et qu’ils ne voulaient « rien avoir à faire avec des abrutis qui ont un esprit malsain souvent dans un corps malsain ! ». Les moyens de la revue sont au début assez frustes mais, plein de ressources, Thore montera par la suite avec sa femme et sa mère une association permettant de servir de relais aux activités du petit groupe sur Châteauroux et dont l’objet social est de « favoriser les échanges d’idées populaires et culturelles » : Peuple & Culture. Cela permettra ainsi de mettre sur pied une boutique de VPC, Para Bellum, qui diffusait autocollants et patchs divers dont le blason de la division SS Charlemagne et d’assurer le contact postal de Bleu Blanc Rock dont Paul Thore est le président comme on le verra ci-dessous. Par la suite cette Fédération deviendra la Ligue Nationale Catholique et nous offrira l’occasion de ricaner un bon coup : sa présentation était en effet quasiment intégralement copiée sur celle du réseau antifasciste No Pasaran, ce qui était un comble pour des « purs et durs » comme les militants de Châteauroux, rebaptisés Loups du Berry. C’est d’ailleurs sous ce nom qu’ils organiseront une conférence de Guillaume Faye en novembre 2000 consacrée à « l’invasion de l’Europe ».

Depuis 2001, la Ligue était mise en sommeil et la revue ne paraissait plus, en grande partie à cause des ennuis judiciaires accumulés par Paul Thore et ses camarades le printemps de cette année-là. Une campagne de propagande extrêmement agressive sur Châteauroux les avait conduit en garde à vue pour certains d’entre eux, en particulier Paul Thore, et les liens du groupe avec les milieux révisionnistes étaient avérés. Il suffisait de comparer les autocollants de l’Épervier avec ceux du VHO, principale structure négationniste franco-belge dont l’un des animateurs est Vincent Reynouard, pour comprendre l’importance des contacts entre les deux groupes. Il n’est d’ailleurs pas étonnant qu’on ait retrouvé des exemplaires du livre de Reynouard sur Oradour-sur-Glane parmi le matériel appartenant à Thore.

Cela n’empêchait malgré tout pas notre « bûcheron » de rester actif, par le biais du Rock Identitaire Français dont il était un acteur important. Étant l’un des initiateur de Bleu Blanc Rock (BBR) en 1999 grâce à des contacts noués bien avant la scission survenue au sein du FN, il permettait à la structure voulue par Fabrice Robert d’apparaître comme unitaire à un moment où le RIF optait majoritairement pour Bruno Mégret et donc de garder un orteil au sein du FN et des milieux catholiques. Plus pragmatiquement, cela permettra aussi à BBR de diffuser son matériel dans des manifestations comme les cortèges anti-PACS au printemps 1999, des pèlerinages Paris-Chartres ou certaines réunions du FN. Localement, Paul Thore manifestait d’ailleurs ces goûts pour la musique en étant le parolier d’un groupe dont son frère Miquel était le batteur : Insurrection. Ce trio jouera tout au long de sa courte carrière soit avec des groupes skinheads nazis (RAC), soit pour le FNJ, que ce soit lors de son université d’été annuelle au château de Neuvy-sur-Barangeon ou dans son local parisien du Forum Jeunesse. Il faut dire que le bassiste du groupe, Eymeric G., en était toujours militant et que cela facilitait donc les contacts. Cela rend comme d’habitude pitoyable les dénégations du FN de l’Indre prétendant n’avoir rien à voir avec ces « gens là » !!! On peut d’ailleurs impatiemment attendre les réactions du FN du Cher si le groupe Europa Nostra dont les membres sont des militants FNJ et qui est une réplique exacte d’Insurrection est inquiété dans les semaines à venir par la police dans le cadre de l’enquête en cours... Si Paul Thore était un peu plus en retrait depuis deux ans, il n’était malgré tout pas à la retraite, en témoigne le Nouvel An BBR du 31 décembre 2003, grâce au commerce ouvert en juillet 2001, la Taverne Saint-Georges, qui servit durant un temps de boîte postale pour BBR avant que l’association ne rouvre une boîte postale. Le maître des lieux y organisait des concerts variés ce qui permettait de diluer le RIF dans un univers officiellement apolitique, suivant en cela les consignes de BBR. Accessoirement, la Taverne servait également de « cantine » à l’Institut d’Histoire des Identités Nationales et Régionales, fondé à Saint-Marcel (36) par Francis Bergeron, vieux militant solidariste, en 2002.

Popaul n’avait pourtant pas que des amis. Orgueilleux, sectaire et politiquement borné, il avait contribué très largement à jeter la division au sein du RIF entre BBR et l’équipe de Memorial Records / In Memoriam. Les attaques de l’Épervier contre ces derniers furent féroces, tel ce commentaire sur l’album En Palestine d’In Memoriam : « Voici le CD tant attendu qui devait être gratuit. Ce CD devait être offert avec le numéro spécial d’un magazine autrefois nationaliste et dont la haine anti-catholique systématique nous oblige à taire le nom . Bref, quoi qu’il en soit, le 3 titres a vu le jour mais il n’est pas gratuit puisqu’il vaut 40 francs. L’événement majeur de ce CD, c’est l’arrivée dans le groupe d’un deuxième chanteur-compositeur. Nous nous réjouissons de l’arrivée de Xavier [Schleiter. NDLR] dans le groupe car il a su donner un sens plus politique aux textes du groupe ! Musicalement, c’est toujours du bon rock français ; pour ça, on n’a jamais dit le contraire... ». Dans toutes les adresses disponibles à la fin de la revue, on ne trouvait d’ailleurs pas l’adresse de la librairie de Gilles Soulas, ni le contact de Memorial Record. L’Epervier était distribué à Paris à la Licorne Bleue, tenue par Thierry Dreschmann, concurrent de Gilles Soulas dans le petit monde de la librairie faf. Ces relations tendues purent d’ailleurs aller jusqu’à la confrontation physique lors de concerts, comme à Bourges avec Julien Beuzard en décembre 1999 par exemple. L’équipe de Memorial Records lui rendra d’ailleurs la pareille chaque fois que ce sera possible et Paul Thore sera violemment mis en cause comme mec fliqué et subventionné par des mairies de gauche par Louise Alaux, épouse de Gilles Soulas et ancienne trésorière du MNR, début novembre 2002, pour justifier le refus d’accueillir BBRock à la Fête de l’Identité et des Libertés du 09 novembre 2002.

Aujourd’hui, cet ensemble a du plomb dans l’aile et il y a fort à parier que les activités nationalo-catholico-négationno-musicalo-fascistes de Châteauroux vont connaître une baisse de régime. Pour autant le moment choisi par la police pour intervenir pose bien des questions. Sans aller jusqu’à la thèse défendue par BBR selon laquelle il s’agissait de faire oublier l’arrestation de militants islamistes, on ne peut que rester perplexe devant l’importance accordée à cette histoire si on la compare avec le silence dont ont bénéficié d’autres démantèlements récents de trafics d’armes dont les protagonistes étaient également des militants nationalistes ou néo-fascistes. C’est par exemple le cas le 10 mars dernier avec l’arrestation dans les Vosges par le SRPJ de Nancy de 17 personnes pour détention d’armes de guerre et d’explosifs. Si la presse locale n’a pas cité le nom de la seule personne écrouée, nous la connaissons pour notre part très bien puisqu’il s’agit de Cédric Bégin. Ce skinhead a longtemps été membre du PNFE et animateur du fanzine Swastika durant la première moitié des années 1990. Exclu des parachutistes lors de son service militaire, membre du génie civil durant quelques temps, il est écroué le 19 octobre 2000 à Épinal pour incitation à la haine raciale, détention d’armes et d’explosifs et dégradation de monuments publics (pour une affichette raciste apposée sur le monument du maréchal Leclerc à Madonne-et-Lamerey). Cette arrestation est alors la conséquence du coup de filet faisant suite au solstice d’hiver du 18 octobre 2000 à Plainfaing et dans lequel était impliqué un responsable du FN, Jean-Yves Douissard. Bégin sera condamné en appel le 20 juin 2002 par la Cour d’appel de Nancy à 2 ans de prison dont 20 mois avec sursis. N’ayant pas renoncé à ses activités explosives, il a donc continué à tremper dans divers trafics dont le club de tir qu’une partie des militants et sympathisants nationalistes impliqués fréquentaient était le pivot central. Autre trafic d’ailleurs dont la presse n’a pas parlé et qui avait lieu lui aussi dans les Vosges : celui qui était animé par André Leroy, ancien militaire et sympathisant d’extrême droite, qui a été arrêté au début du mois de novembre 2003 en possession d’armes de guerre et d’explosifs. S’il s’est suicidé lors de sa détention préventive, l’individu était bien connu des clubs de tir de la région de Saint-Dié et son trafic durait depuis 1995. Autant dire que Paul Thore et ses petits camarades peuvent passer à côté pour des petits joueurs avec leur vieille Sten et leurs grenades à main... Dernier détail piquant : l’avocat de Paul Thore est Frédéric Pichon. Militant depuis qu’il a 15 ans au FNJ puis à Troisième Voie et au GUD avant de revenir au FN, il a déjà été l’avocat d’une multitude de militants nationalistes impliqués dans des affaires délictueuses. Il fut ainsi le défenseur des militants du GUD Nancy poursuivis le 19 octobre 2001 pour incitation à la haine raciale devant le tribunal correctionnel de Nancy pour une participation à une manifestation d’Unité Radicale le 28 octobre 2000. Mais il a surtout été l’avocat d’Adeline Rimoux, fille du directeur de cabinet de Dominique Perben, dans l’affaire Clippel puis Scheckler (Cf REFLEXes n°7), pour une détention illégale d’arme à feu et une provocation au suicide.

Décidément, le monde est petit et les préoccupations nationalistes bien monomaniaques !

 

 

 

 

BLEU BLANC ROCK, OU BBROCK (OU ENCORE BBR)



Cette association a été fondée fin 1998 par Paul Thore, Fabrice Robert et Jean-Christophe Bru dans le but de « promouvoir l’art populaire et non-conformiste ». L’équipe s’est en partie remaniée avec le retrait de Bru qui a été remplacé par Thibaud Lamy en novembre 2001. C’est d’ailleurs à cette occasion que l’association a également changé de nom. Quoique l’appellation Bleu Blanc Rock ne soit pas très originale en soi, on peut se demander si ses fondateurs ne sont pas aller la pêcher dans le bulletin Le Lansquenet, journal lié au FNJ Aix à sa fondation en 1997 et qui avait dans chacun de ses numéros une tribune Bleu Blanc Rock consacrée au RIF.

Le label a peu à peu agrégé autour de lui une partie des groupes de RIF et a joué la carte de la mouvance, chaque membre ou groupe-membre affichant une solidarité sans faille avec l’ensemble de BBR, au moins en public. Malgré les apparences et en particulier malgré l’orientation RAC de certains groupes (Fraction ou Insurrection pour ne citer qu’eux), ce label s’est créé sur une stratégie d’ouverture qui a pris dès le début une tournure relativement agressive envers les autres acteurs du RIF comme en témoigne cette réponse donnée à une question de la revue Tribune musicale   :

« - Tribune musicale : Pourquoi Bleu Blanc Rock ?
 BBR : Avant le lancement de l’aventure Bleu Blanc Rock, personne ne se souciait vraiment de faire sortir le rock identitaire du “ ghetto ”. Les politiques parlaient du “ RIF ” dans leurs journaux internes, les labels placés sous leur coupe affirmaient soutenir le RIF… mais au fond tout ce beau monde ne songeait qu’à récupérer les groupes. Il était nécessaire de lancer une structure indépendante et à but non lucratif qui travaille avec les militants au développement du rock identitaire. ».

Cette stratégie a pris deux formes. D’une part, le label visait à diffuser au maximum le RIF hors de son milieu, y compris à perte financièrement parlant. Par le passé, BBR a ainsi été à l’initiative d’une cassette audio et d’un CD à prix coûtant, Antimondial, afin de diffuser le RIF. Il est néanmoins difficile d’évaluer son impact, au sein de la scène faf, comme du côté du grand public. On peut cependant émettre l’hypothèse que de ce côté, le résultat est très limité. Il semble malgré tout que la cassette ait dépassé les 5000 exemplaires diffusés. Le CD compilation, en tout cas, a fait réagir, et pas forcément dans le sens que le label attendait. Figurait en effet parmi la quinzaine de groupes y ayant participé un groupe du Havre, L’FIJ. Or, celui-ci ne s’étant pas particulièrement renseigné sur BBRock, dut rapidement protester du fait que sa bonne foi avait été abusée par BBRock. On put ainsi rapidement lire sur son site, à la place du forum, le message suivant   : « Nous avons dû fermer le livre d’or et le forum car de nombreuses personnes se sont crues bon de nous faire parvenir des messages xénophobes, antisémites, racistes et fascistes sur notre site. En effet, fin 2001, nous avons participé à une compile dont le thème était les effets de la mondialisation sur les pays pauvres, il s’est avéré que l’association à l’origine de ce projet est une association à caractère extrémiste et nationaliste. Bref, nous nous sommes fait avoir ainsi que d’autres groupes havrais, et cette association vend et distribue dans la France entière des compiles Anti mondial dont nous figurons parmi une quinzaines de groupes à tendances fascistes. À l’heure actuelle, nous recevons tous les jours des messages extrémistes et des menaces, nous sommes par conséquent obligé de fermer non pas le site, mais le forum et le livre d’or. Nous sommes vraiment catastrophés et dégoutés de ce qui se passe en France et sur notre site, nous continuerons à nous battre contre le F.N, contre Le Pen et contre tous ceux qui s’opposeront à nous dans cette lutte qui est l’extermination des fâchos. Ce sont des mots durs pour des brutes qui subsistent dans beaucoup de pays malheureusement. Le groupe et le crew de L’FIJ étant composé de différentes origines nous sommes sincèrement écœurés que des personnes insultent notre dignité et celle de nos bons et loyaux visiteurs. Nous sommes profondément désolés pour vous, et espérons que cette situation changera très vite. C’est pourquoi avec la collaboration d’autres collectifs de musique et associations du havre, nous avons décidé il y a déjà quelques temps de faire un dossier d’enquête sur l’association BBROCK mis en cause dans ce dossier, ainsi que le Coq gaulois pour avoir diffusé des messages violents, nazis et fâchos. Information judiciaire : Maître Dumel avocat à la cour, rendra un dossier complet de la situation pour l’atteinte et le préjudice porté à vous, nous et notre dignité, aux juges des affaires culturelles de Rouen, que nous remercions pour sa collaboration et son travail. Nous vous informerons des suites de cette affaire merci de votre fidélité ainsi que de votre compréhension, car il est expressément clair que nous sommes contre le FN. Nous vous remercions. L’FIJ. »

De fait, la stratégie de BBRock se heurte généralement très vite aux limites du ghetto nationaliste qui correspondent grosso modo aux valeurs portées par une grande partie de son public : hitlérisme rampant, antisémitisme et fascination pour les crimes de masse qui vont avec, peur obsessionnelle du métissage… Pour autant, l’analyse menée par BBRock sur la potentialité d’un véritable développement d’un courant musical identitaire n’est pourtant pas fausse. Elle rejoint en effet diverses enquêtes journalistiques menées ces dernières années et en particulier celle publiée dans Le Monde   par Philippe Broussard en mai 2002 à la suite du premier tour des élections présidentielles. Le journaliste y soulignait l’importance de cette frange de la jeunesse française blanche touchée par le racisme anti-arabe mais ne militant pas pour autant dans les rangs de la droite extrême ou ultra. Une jeunesse portant un réflexe et un repli identitaires qui ne disent pas leur nom. Malgré cette pertinence d’analyse de la part du label BBRock, la stratégie qu’il développe n’est pourtant pas foncièrement cohérente puisqu’elle essaie de jouer sur deux tableaux : elle essaie à la fois de sortir du milieu RIF tout en s’appuyant sur celui-ci. L’explication tient évidemment à l’aspect financier des choses : le public RIF est un public captif qui assure à n’importe quelle production de ce courant des retombées financières minimum. Il en serait tout autrement si BBRock jouait complètement la carte de l’infiltration musicale et de l’anonymat : les risques financiers seraient alors maximum. Voilà pourquoi BBRock préfère donc jouer la sécurité, ce qui limite de fait et heureusement ses capacités d’impact.

Toujours dans cette perspective d’ouverture, BBR avait lancé en 2001 la création de cellules BBR dans toute la France, pour promouvoir le RIF. L’idée était bonne dans la mesure où cela permettait une gestion plus locale de la promotion et de la diffusion, et donc une extension de ces dernières. L’expérience démarra bien avec la création de deux cellules, l’une à Paris animée par Maxime Brunerie, et l’autre à Rennes avec Sylvain Averty  et Bertrand Miedan  . C’est cette dernière qui s’est avérée la plus active avec la mise sur pied de deux concerts en 2001, le premier en mars avec Insurrection et le deuxième en octobre avec Bagadou Stourm (groupe RAC breton) Fraction et Kaiserbund. Les deux cellules sortaient également un petit bulletin photocopié, Roazhon Rock à Rennes et Musiques d’ici à Paris. Mais l’expérience a rapidement tourné court, les Bretons rencontrant l’hostilité non feinte d’une partie de la mouvance nationaliste bretonne : la cellule bretonne arrête ses activités fin 2001.

D’autre part, outre le fait de sortir le RIF du ghetto nationaliste, Fabrice Robert a toujours eu la prétention de faire de BBRock un moyen de communication pour amener une partie de la jeunesse aux idées NR à travers la musique, voire de s’adresser à des militants anti¬mondialisation « sincères » mais trompés par les « infâmes gauchistes » et de les convaincre. Ceci explique toute la rhétorique sur la « nouvelle alternative », développée ici sous la plume de Thibaud Lamy   : « Aujourd’hui, les vrais punks, rebelles et anticonformistes, ce sont les groupes identitaires. […] Le nouveau rock alternatif, qui a pris son envol il y a près de dix ans avec la création de Vae Victis, considéré par beaucoup comme les précurseurs de ce que beaucoup ont appelé à tort le rock identitaire français se porte bien. […] Écologie, régionalisme, défense des identités, anti-mondialisation et lutte sociale, les groupes de rock identitaire sont là, prêts à de nouveaux combats, engagés dans une nouvelle alternative, déterminés et bien vivants. » Cela a pu donner à BBRock un certain ton gauchisant qui ne doit évidemment tromper personne : cela s’inscrit tout à fait dans la stratégie développée par BBRock, qui vise à essayer de donner une image policée de lui-même. Mais autant dire que sur ce plan, la démarche est peu cohérente, aussi bien par la promotion du groupe Insurrection que par celle de Regnum Æternam dont la pochette de l’album est, rappelons-le, une photo de soldats nazis.


Reflexes

 

 

 

 

Un groupe de musique : Insurrection



Ce groupe a été fondé en 1998 à Châteauroux par trois militants du FNJ managés par une figure locale du militantisme extrême droitier, nationaliste et catholique, Paul Thore ; il s’est appuyé sur la mouvance du magazine L’Épervier. Paul Thore a également écrit la plupart des paroles du groupe.

Insurrection n’est pas séparable de son environnement et du militantisme politique qui constituent un microcosme très particulier et lui impriment son style. Cela se ressent dans l’idéologie du groupe qui reste assez confuse. Insurrection revendique un catholicisme virulent, et à travers certaines chansons, un royalisme ultra comme dans la chanson « Contre-Révolution ». Cette orientation correspond aux références politiques de cette petite mouvance, dont la majeure partie est très proche de la Garde franque, une structure regroupant des militants du FNJ, mais hors FNJ, sur une base nationale-catholique. Le site internet de la Garde permet d’ailleurs de télécharger le deuxième disque du groupe, Honneur et Fidélité. Mais dans le même temps, Insurrection multiplie les références à des mouvements ou à des idéologies fort éloignées du national-catholicisme. La chanson « Honneur et Fidélité » renvoie ainsi directement à la Légion et au-delà immanquablement au nazisme. Difficile en effet de faire oublier que « Mon Honneur s’appelle Fidélité » était la devise des SS. Il en est de même des nombreuses références à quelques figures de la mouvance nationaliste ultra comme Vincent Reynouard   ou Michel Lajoye  . Toujours dans le même cadre de référence à certaines expériences du passé, le premier album d’Insurrection était de nature à combler les nostalgiques de Vichy avec la reprise de « Maréchal nous voilà ». Enfin, dans une autre chanson intitulée « Les Rats Noirs », le groupe rend hommage au GUD, plutôt réputé pour ses références brunes. Ce grand fourre-tout a d’ailleurs valu à Insurrection cette critique discrètement ironique de Rivarol   : « On aime ou l’on n’aime pas le “ rock identitaire ”, mais on ne peut pas lui dénier sa spécificité : musique et paroles également agressives, son poussé au maximum, violences d’impitoyables percussions, tout là-dedans est volontairement fruste et brut de décoffrage, et les pochettes des disques montrent des garçons certainement doux et gentils dans la vie courante mais qui se forcent à prendre, le temps de la photo, l’air de grands méchants loups. 

 

Ce disque [Honneur & Fidélité. NDLR] n’échappe pas à la règle, mais la surprise vient de la bannière sous laquelle se présentent ses auteurs : là où l’on imaginerait de farouches néo-païens primitivistes, on trouve des adeptes de la monarchie, qui réclament non pas Thor ou Odin, mais Dieu et le roy, avec un Y. Il est vrai que le l’Y ne s’entend pas dans la musique et la dentelle Pompadour n’est pas au rendez-vous. Les thèmes abordés par les chansons sont d’ailleurs communs à tous les nationalismes, sans éviter l’outrance qui est la règle de ce jeu musical : l’attaque contre les flics “ ripoublicains ” oublie que le flic de base en lutte contre les voyous est plus près de nous que de ses ministres ! […] Les limites d’un disque comme celui-ci sont celles du genre : loin de l’invention mélodique qui a fait le succès du rock traditionnel, cette musique ne donne pas envie de frétiller sur une piste de danse ou de chantonner en épluchant les légumes. Son succès est freiné par le refus de séduire et certains disques sont plus proches du chœur parlé que de la danse. Rythme parlé, paroles simplistes : mon dieu, ce rock ne serait-il pas plutôt du rap ? Dans toute guerre, les adversaires combattent avec les mêmes armes… Mais la victoire – musicale pour commencer – est à celui qui sait en tirer l’effet le plus large. C’est la grâce qu’il faut souhaiter à tous les rockeurs identitaires. »

 

De la même façon, Insurrection est sans doute musicalement parlant l’un des groupes les plus durs de la mouvance, avec des influences et donc des paroles qui renvoient directement au RAC. Le groupe n’hésite d’ailleurs pas à faire des reprises de groupes skinheads et sur le dernier album on trouve ainsi une chanson de Nouvelle Croisade, « Tu aimeras ». Comme Nouvelle Croisade était le groupe à l’origine d’Ultime Assaut, où, comme on l’a vu précédemment, officiaient les futurs membres de Vae Victis et lle-de-France, tout ça reste dans un petit milieu. Du coup, c’est peu dire qu’Insurrection ne fait pas l’unanimité dans la scène RIF. Ses MP3 furent retirés du site du Lion des Flandres, et Insurrection n’a pas de page internet sur le site du Coq gaulois, ce dernier considérant que ce n’est pas un groupe de RIF, et les autres groupes craignant que la présence d’Insurrection à leurs côtés ne les crament définitivement. Insurrection prend d’ailleurs tout ce petit milieu de très haut en n’hésitant pas à attaquer des « camarades »   : « À l’époque de la création d’Insurrection, les nouveaux venus au sein de la famille RIF étaient Brixia et Basic Celtos… Pour nous, faire du rock identitaire voulait dire faire du rock nationaliste sans provocation mais sans rien renier non plus !!! Face à un groupe de rap et un groupe de variété dont les paroles ne veulent rien dire, nous voulions affirmer que la relève du RIF, ce n’était pas ça ! Dès le début, Insurrection a affiché haut et fort ses convictions nationalistes et catholiques radicales ! […] Plusieurs groupes de gauche de la région de Châteauroux nous ont même proposé de jouer avec nous !!! Avis à certains groupes ringards parisiens dont c’est le rêve depuis des années… » Les susdits « groupes ringards », à savoir Brixia, Basic Celtos mais aussi sans doute Elendil ou In Memoriam, auront bien entendu apprécié…

Ce profil explique qu’Insurrection évolue dans deux sphères bien précises et également bien limitées. Il joue en effet assez souvent sur invitation du Front National de la Jeunesse, comme par exemple à l’université d’été de l’organisation en juillet 2001 dans le château du CNC, à Neuvy-sur-Barangeon dans le Cher, ou le 22 février 2003 à Paris dans le local du FNJ 75, le Forum Jeunesse. L’autre occasion de se produire en public lui est fourni par son propre milieu avec l’étiquette Bleu-Blanc-Rock et dans le milieu bonehead avec des concerts RAC. On peut ainsi citer en vrac les concerts à Châteauroux (ce qui est la moindre des choses…) organisés par la LNC   ou BBRock ainsi que ceux qui ont eu lieu à Rennes grâce à la cellule locale BBR qui équivaut grosso modo au GUD Roazhon  . On peut ainsi citer le concert du 3 mars 2001 à Rennes qui a rassemblé une cinquantaine de personnes, le concert du 14 avril 2001 à Châteauroux, le concert du 25 août 2001 en Suisse avec Fraternité blanche (groupe RAC du Nord), Panzerjäger (groupe RAC également originaire du Nord) et Durandal (groupe metal de la région parisienne), ou encore le concert du 9 novembre 2002 à Rennes avec Fraternité blanche, Panzerjäger, Bagadou Stourm (groupe RAC breton) et Regnum Æternam. Bien sûr, ces fréquentations contredisent parfaitement les professions de foi du groupe, telle celle publiée par Jeune Résistance en 2002   : « Lorsque nous avons créé Insurrection, nous avions plusieurs objectifs : tout d’abord ne pas tomber dans le trip NS  et / ou skinhead. Nous n’avons personnellement rien contre les skins ou les NS, d’ailleurs certains d’entre eux sont beaucoup plus politiques et beaucoup plus militants que bien des donneurs de leçons en la matière ! Nous avons juste fait le choix politique de ne pas reprendre à notre compte des étendards qui effraient trop nos contemporains… » Mais la cohérence n’est peut-être pas la première qualité de ce groupe ?



Reflexes

 

 

 

L‘Épervier



Le premier numéro de cette revue est paru à l’automne 1996 et a d’emblée honoré le Scalp d’un dossier recensant les différents moyens d’expression et manifestations du groupe antifasciste. Elle est alors dirigée par une figure du petit milieu nationaliste et catholique intégriste castelroussin, Paul Thore, qui, bien qu’il soit né en 1973, a déjà un solide passé derrière lui. Longtemps pilier du FNJ sur Châteauroux, il lui prend quelques velléités d’indépendance. Aussi la revue se présente-t-elle alors comme éditée par des membres de la Fédération Nationale Catholique, basée à Châteauroux, et qui se voulait le lieu de regroupement des mouvements, groupes et bonnes volontés adhérant à la Charte d’Action National-Catholique. Par la suite, cette fédération est devenue la Ligue Nationale Catholique et nous a alors offert l’occasion de ricaner un bon coup : sa présentation était en effet quasiment intégralement copiée sur celle du réseau antifasciste No Pasaran, ce qui était un comble pour des « purs et durs » comme les militants de Châteauroux. Les moyens de la revue sont au début assez frustes mais, plein de ressources, Thore a monté par la suite avec sa femme et sa mère une association permettant de servir de relais aux activités du petit groupe sur Châteauroux et dont l’objet social est de « favoriser les échanges d’idées populaires et culturelles ». Cela permet ainsi de mettre sur pied une boutique de VPC, Para Bellum, qui diffuse autocollants et patchs divers, dont le blason de la division SS Charlemagne, et d’assurer le contact postal de Bleu Blanc Rock, dont Paul Thore est le président, comme on l’a vu précédemment.

À l’image de ses animateurs, le journal affiche dès le début une très grande ouverture d’esprit puisque Paul Thore adopte alors le pseudonyme de « G. Rézon » pour remplir sa tâche de rédacteur en chef et que les revues ou librairies considérées comme amies sont quasiment strictement sélectionnées sur leur orientation catholique. Les quelques structures non catholiques sont alors stigmatisées par un « p » entre parenthèses, pour bien signifier leur orientation païenne. Thore envoie d’ailleurs une lettre gratinée à Réfléchir & Agir en 1998 pour signifier à l’équipe qui anime cette revue que les membres de L’Épervier ne collaborent qu’avec « des païens intelligents qui respectent la foi de leurs camarades catholiques » et qu’ils ne veulent « rien avoir à faire avec des abrutis qui ont un esprit malsain souvent dans un corps malsain ! » L’orientation outrageusement intégriste de L’Épervier conduit également la revue à exclure clairement du combat musical les courants qu’elle juge antichrétiens. C’est ainsi le cas du black metal   : «  Il n’y a pas de parcours type, de profil spécifique pour devenir sataniste, cependant il existe certains points communs parmi les personnes qui se laissent tenter par le satanisme. À l’heure actuelle, le plus grand recruteur de serviteurs de Satan, c’est incontestablement le Black Metal, ce style musical a conquis une part de notre jeunesse et l’a transformée en petits démons en puissance qui ne rêvent que d’accomplir les sacrifices, les tortures et les meurtres que chantent leurs groupes cultes ! Heureusement peu passent aux actes, et la trouille de se faire pincer les dissuade encore. Cependant, leurs esprits sont entièrement acquis à la cause de Satan et les plus courageux (ou les plus fous) passent à l’acte et commettent les crimes les plus odieux. On se souvient du prêtre assassiné en Alsace de 36 coups de couteau ou des profanations des tombes chrétiennes de Toulon. Dans tous ces cas, les adolescents qui furent interpellés expliquèrent qu’ils étaient sous l’emprise d’une force irrésistible lorsqu’ils ont commis leurs forfaits et qu’ils ne pouvaient se contrôler... Mais alors question : Qu’est ce qui plaît tellement aux jeunes Européens dans le Black Metal ? Apparemment, ce qui plaît, c’est le côté rebelle du Black Metaleux. En effet, être sataniste aujourd’hui, dans notre bonne vieille démocratie pourrie, c’est à la fois rebelle et sans danger ! On s’habille en noir, on porte des croix à l’envers, des pentacles, souvent les cheveux longs ; on pratique la magie, le spiritisme ; on effraie les mamies dans la rue et en plus c’est légal, on ne risque rien !!! Le rebelle sans risque ! Les petits blancs trouillards et dégénérés qui pullulent ont trouvé le mouvement qui leur convenait. Face à toutes les humiliations et toutes les injustices dont sont victimes les jeunes blancs, il est beaucoup plus facile d’être un rebelle satanique qu’un rebelle nationaliste ! […] En conclusion, nous devons prendre très au sérieux la menace satanique qui pèse sur notre jeunesse et notamment dans le mouvement nationaliste. Le libéralisme satanique et l’individualisme satanique sont en totale contradiction avec la doctrine nationaliste qui est anti-libérale et solidaire. Il n’y a pas de place chez nous pour les égoïstes et les vaniteux, qu’ils aillent à Wall Street ou à Tel-Aviv, ils trouveront des gens comme eux ! ». Dans le sixième numéro de L’Épervier, c’est au tour du groupe RAC Durandal d’être attaqué pour ses paroles antichrétiennes. L’Épervier est bien sûr tout autant fâché avec une partie de la famille RIF, à savoir Memorial Records. Les coups de bec sont ainsi légion, tel ce commentaire sur l’album En Palestine d’In Memoriam : « Voici le CD tant attendu qui devait être gratuit. Ce CD devait être offert avec le numéro spécial d’un magazine autrefois nationaliste et dont la haine anti-catholique systématique nous oblige à taire le nom. Bref, quoi qu’il en soit, le 3 titres a vu le jour mais il n’est pas gratuit puisqu’il vaut 40 francs. L’événement majeur de ce CD, c’est l’arrivée dans le groupe d’un deuxième chanteur-compositeur. Nous nous réjouissons de l’arrivée de Xavier [Schleiter. NDLR] dans le groupe car il a su donner un sens plus politique aux textes du groupe ! Musicalement, c’est toujours du bon rock français ; pour ça, on n’a jamais dit le contraire… ». Dans toutes les adresses disponibles à la fin de la revue, on ne trouvait d’ailleurs pas l’adresse de la librairie de Gilles Soulas, ni le contact de Memorial Records. L’Épervier était distribué à Paris à la Licorne bleue, la librairie tenue par Thierry Dreschmann, concurrent de Gilles Soulas dans le petit monde de la librairie faf.

Si l’équipe existe toujours, L’Épervier ne paraît plus depuis 2001 du fait de divers ennuis judiciaires liés en particulier à la diffusion d’autocollants extrêmement agressifs et tombant sous le coup « d’incitation à la haine raciale ». Pour autant, Paul Thore est toujours actif : il est toujours investi dans le RIF (le nouvel an 2004 de BBR en témoigne) et il a ouvert depuis juillet 2001 avec l’aide de sa femme et de son frère Miquel (qui est par ailleurs le batteur d’Insurrection) un café-concert, la Taverne Saint-Georges, située à Saint-Maur (36). Outre des concerts variés et donc entre autres de RIF, la Taverne sert de « cantine » à l’Institut d’Histoire des Identités nationales et régionales, fondé en 2002 à Saint-Marcel (36) par Francis Bergeron, un vieux militant solidariste.

 

 

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